Danser avec son âme…

Je ne ressens rien quand tu danses !

Je dois vous faire une confession, j’ai, un jour, malmené une de mes élèves… non pas physiquement mais en ne la lâchant pas d’une semelle et en l’empêchant de se complaire dans un rôle de victime.

Nous préparions un solo et elle pratiquait.  Elle connaissait parfaitement sa chorégraphie mais je la regardais danser et je ne ressentais rien.

Cela devait faire au moins trois fois qu’elle refaisait sa routine et rien ne changeait.

Je voyais bien qu’elle s’attendait à ce que je lui dise : « Bravo! Félicitations, c’est parfait! Aucune faute!… »

Et c’était vrai, c’était sans aucune erreur mais… d’une platitude extrême.

Je lui ai demandé de recommencer…  Elle s’est remise en position et a débuté sa chorégraphie pour la énième fois.  Après seulement quelques secondes, je l’ai sommée d’arrêter en disant froidement : « Recommence… »

Surprise, elle m’a regardée mais s’est remise en position de départ.  La musique a repris.  Elle a commencé…  « Stop! Recommence! »

J’ai dû lui répéter cela une bonne dizaine de fois.

Je voyais l’incompréhension dans ses yeux.  Sans dire mot, elle se replaçait et partait…

Danser avec son âme !

Puis, à la douzième ou treizième fois, je l’ai vue redresser la tête, respirer plusieurs coups, se concentrer et débuter sa danse avec une émotion dans le visage que je ne lui avais jamais vue.

Elle s’est rendue à la toute fin de sa routine et a pris quelques instants pour sortir de son état, avant de me regarder.  Moi, j’avais les larmes aux yeux, tellement sa danse m’avait bouleversée…

À ce moment, j’ai souri et j’ai murmuré : « That’s it! ».  Enfin, elle venait de danser avec son âme.  Cela en a pris du temps mais combien j’étais heureuse du résultat.

Quand elle a présenté son numéro, elle a tout simplement été extraordinaire et, si heureuse…

Quand on danse, il faut arriver à oublier tout ce qui nous entoure.  Il faut rester concentrée et se brancher sur la musique.  Alors, et seulement à ce moment, on danse en harmonie avec ce morceau.

Bonne pratique et…  abandonnez-vous!  Aïcha qui vous aime! 🙂

Le langage du coeur…

La danse orientale vient d’Égypte mais les rythmes arrivent de Turquie.  C’est pourquoi mon époux, notre fils Victor et moi, sommes allés souvent dans ce magnifique pays.

Un jour que nous marchions ensemble, à flanc de montagne, dans un village turc, nous avons entendu des cris en contrebas.

Dans le champ, une paysanne du pays nous faisait un sourire et nous envoyait la main.

En chœur, nous lui avons lancé un « Iyi günler » (bonne journée, utilisé comme bonjour).  Surprise de constater que nous baragouinions sa langue, elle nous a fait signe de la rejoindre.

Comme nous avons toujours voyagé en-dehors des circuits touristiques, nous étions toujours prêts à vivre une nouvelle aventure.  En deux temps, trois mouvements, nous étions à ses côtés.

Avec un énorme sourire, elle s’est mise à parler à toute vitesse et nous ne comprenions pas un traître mot de ce qu’elle nous disait.  J’ai répondu : « Yavaş, yavaş… » (doucement, doucement).

Elle m’a prise par le bras et m’a entraînée vers une petite cabane.  Amusée, je l’ai suivie.  Mon époux et mon fils, nous emboîtèrent le pas.

Nous sommes entrés dans cette petite bicoque.  Aussi rapidement qu’un claquement de doigts, j’ai vu apparaître une table, qui était rangée sous un lit, qu’elle a dressée et nous a servi du miel, du yaourt, du fromage et une miche de pain.

Nous nous sommes attablés et nous avons dégusté.  Sans comprendre de quelle façon les gens avaient communiqué entre eux, la maison s’est remplie de modestes paysannes, tout sourire. Tout ce monde parlait et riait en même temps.

À l’aide de notre dictionnaire et avec force gestes, nous avons fini par comprendre que le miel venait des abeilles de son beau-père et que la miche de pain avait été faite le matin même par ses soins.

Quand nous avons terminé la dégustation, elle nous a sorti sa vache de l’étable afin de nous présenter la bête qui avait fourni son lait pour la fabrication du yaourt et du fromage.  Dois-je préciser que tout était FABULEUSEMENT BON?

Ce qui m’a le plus étonnée ce jour-là, c’est de constater que tout s’était passé avec tellement de chaleur, tellement de joie et d’amitié que nous n’avions même pas eu besoin de traduire ces mots qui dépassaient notre compréhension.  Nous étions comme des amis et nous parlions le langage du cœur.

N’ayant de cesse de me rappeler cet accueil si chaleureux, j’essaie de tout mettre en œuvre afin que chaque élève ressente cette chaleur humaine quand elle entre dans l’Académie.  Aïcha 🙂

Danser son deuil…

Danser sa tristesse

Je danse depuis l’âge de 14 ans.  C’est dire que cela fait longtemps et que c’est largement devenu une habitude de vie.

Au-travers toutes ces années, comme tout le monde, j’ai traversé des moments magnifiques et des périodes difficiles.

Quand on avance en âge, on perd de plus en plus de gens autour de nous.

Chaque fois que j’apprends  le départ d’un proche vers d’autres cieux, je pleure mais…  je me mets à écouter de la musique et je danse.

Bien sûr, le choix de la musique n’est pas gai et je pleure tout au long de ma prestation mais cela m’aide…

Je pense que je vis mon deuil de cette façon…

Exprimer ce que l’on ressent avec des mouvements…

Je peux exprimer ce que je ressens sans avoir à parler et cela me fait un bien fou.

La danse est un mode d’expression.  Elle peut aider les personnes qui ont de la difficulté à  formuler leur ressenti.  La danse devient alors une thérapie bénéfique nous permettant de continuer notre chemin.  Je ne peux imaginer ma vie sans la danse.

Si vous souffrez, n’hésitez plus, inscrivez-vous et venez danser avec nous !  Aïcha 🙂