Là où le dos perd son nom…

LES SHOWS DE NAGWA

Totalement passionnée de danse orientale, je ne vivais plus que pour ça.  La fin de semaine, je me suis mise à suivre mon professeur et mentor, Nagwa dans tous ses déplacements.

Dans les années 80, elle faisait le tour de plusieurs restaurants afin de présenter un numéro de danse.  Comme on dit en bon québécois, elle avait sa « run de lait ».  Il lui est arrivé de présenter jusqu’à  quatre à cinq solos de suite dans autant de restaurants.  Certains présentaient également des musiciens, d’autres pas…

Ce qu’il faut savoir, c’est qu’en ces temps-là, quand il y avait des musiciens, les morceaux de musique qu’ils jouaient ne respectaient pas toujours tout à fait la trame sonore sur laquelle nous avions pratiqué.

DANSER AVEC LES MUSICIENS

Avec des musiciens, une prestation de danse était présentée en quatre volets : le sharki, le taksim, l’animation et le solo de tabla.  Pendant le solo de tabla, le clou du spectacle, il fallait qu’une fusion s’installe entre la danseuse et le joueur car il improvisait totalement son numéro!

La danseuse devait s’efforcer de deviner les accents qu’il lui jouerait et elle se devait de les souligner au moment exact où il les accomplissait.  Pour réussir cet exploit, il se devait d’exister une connivence entre le musicien et la danseuse.  Il la regardait en suivant attentivement les mouvements qu’elle faisait avec ses hanches et lui, tout en ne cessant de jouer sur son instrument, ponctuait le tout au moment approprié.  Le choix des variantes musicales appartenait au musicien.  Or, pour réussir un bon spectacle, il importait que la danseuse soit très forte en improvisation.

Je ne me lassais jamais d’observer les numéros de Nagwa car j’apprenais tellement sur ce métier fascinant.

JOE NACHEF, AU TABLA

Pendant l’une de ces soirées endiablées, mon professeur arriva avec un tout nouveau costume flamboyant.  Elle fit une entrée théâtrale et dansa avec volupté.  Arriva enfin le moment du solo de tabla.  Dès les premières notes jouées par Joe Nachef, Nagwa s’élança avec une énergie diabolique.  Et doum!  Et tak! Et kâ !  Les hanches se soulevaient d’un côté, de l’autre et ça y allait par là!

UN PETIT PROBLÈME…

Puis, je remarquai que plus Nagwa dansait, plus Joe souriait.  Il ne quittait pas ses hanches des yeux.  Son regard était rivé sur le bas du dos… là où il perd son nom.  Et là… je posai ma main sur ma bouche.  On voyait les fesses de mon professeur!  Le doux vallon situé entre les deux collines allait en s’agrandissant…  Elle perdait sa ceinture!

Heureusement, la ceinture tint en place jusqu’à la toute fin mais… de peine et de misère.  Je courus à la suite de Nagwa quand celle-ci se retira enfin dans sa loge.  Ça n’est que devant le miroir qu’elle se rendit compte de ce qui avait failli se produire.  « Oh! fit-elle, je ne l’avais pas essayé avant… »

La morale de cette histoire : essayez toujours votre costume, en privé et en dansant, avant de le mettre à l’épreuve pour la première fois que vous le porterez en spectacle.  Aïcha 🙂

Le glaçage et le gâteau !

LA FEMME SYMBOLISE LE GÂTEAU…

D’après vous, qu’est-ce qui est le plus important? Un excellent gâteau ou un glaçage alléchant mais infect ?

La danseuse orientale pourrait être représentée par cette analogie.  La femme, l’être, le corps  symbolisent le gâteau; le costume, les pierres et les paillettes  figurent le glaçage.

D’après vous, est-ce normal qu’une excellente danseuse maîtrisant sa technique arrive deuxième parce que sa rivale, moins bonne, a la chance d’avoir des sous pour se payer un costume, dernier cri, créé par un designer ?

Je suis certaine que vous répondrez : « Bien sûr que non! »

Pourtant, dans plusieurs compétitions, il est d’usage d’accorder des points aux costumes que portent les participants.

SEULE LA DANSE EST IMPORTANTE

Le costume, à moins d’être totalement inadéquat, ne compte pas.  Entendons-nous… bien sûr, la danseuse ne peut se présenter avec une robe de danse à claquette pour son numéro de baladi.  Soyons logique!

Pourquoi accorder une importance, qu’il n’a pas, au costume oriental, dans les normes, en respect avec le style de la danse? N’est-ce pas la prestation même qui a de l’intérêt ?

Une danseuse moins riche, n’a pas à être pénalisée pour son manque de moyen.  Moi, ce qui m’intéresse, c’est la danse à l’état pur.

SUR UN PIED D’ÉGALITÉ !

Pourquoi ne pas envisager les compétions en justaucorps et leggins noirs, avec un simple foulard enserrant les hanches?

Vêtues ainsi, ne ressortirait QUE la danse et la technique et les compétitrices seraient sur un pied d’égalité dès le départ,  avant même de s’être mises à danser.

Qu’on garde les fabuleux costumes pour les spectacles et les galas!  Aïcha  🙂

Pas besoin de révision!!!

J’AI ÉTÉ ABSENTE…

J’ai une petite manie…

Quand je donne un cours de groupe, par exemple, que nous en sommes à la huitième semaine, qu’arrive dans le cours des dames qui ont été absentes pendant  les deux derniers, j’adore en profiter pour effectuer une petite révision de la chorégraphie jusque là où nous sommes rendues.

Je remarque aussi que certaines de mes élèves sont alors exaspérées.

En aparté, elles m’avisent qu’elles n’ont pas besoin de cela et qu’elles veulent avancer.  Que ces dames les retardent et qu’elles n’ont pas à être punies parce que d’autres ne sont pas venues à tous les cours!

ET LE MIRACLE SURGIT !

Pourtant, quand je les regarde exécuter leur chorégraphie, je remarque de nombreuses erreurs ou d’abondants mauvais plis.

Je fais la sourde oreille à ces jérémiades et je reprends leur danse en donnant des précisions à chacun des blocs d’enchaînements.  Je force les filles à recommencer, encore et encore.

Et là, le miracle survient…  Les retardataires ont rattrapé le groupe et les autres dansent avec une plus grande assurance, sans se tromper.

Oui, je suis rigoureuse mais c’est pour le bien de chacune de mes élèves.  Elles doivent apprendre à me faire confiance.

Heureusement, quand elles arrivent au spectacle de fin d’année et qu’elles se sentent prêtes, c’est à ce moment, qu’elles réalisent que j’avais raison de ne pas les ménager et que j’avais aussi raison de faire la sourde oreille à leur demande d’aller plus vite.

À quoi bon aller plus vite si on n’est pas capable d’exécuter les pas et les enchaînements à la perfection?

Refaisons la chorégraphie encore et encore jusqu’au moment où tout s’enchaîne avec naturel et là, nous serons prêtes à apprendre la suite, puis la finale.   Bonne journée!  Aïcha 🙂

RESPECT: l’une des valeurs de l’Académie

Chaque élève, se présentant à l’Académie, arrive avec son passé, sa propre histoire.  Elle a droit à notre entière considération.

Il est important pour nous de traiter cette personne avec respect et de tout faire en notre pouvoir pour l’aider à réaliser ses aspirations.

Nous mettrons les bouchées doubles à trouver LA formule d’apprentissage la plus cohérente pour aider cette personne dans la pratique des diverses avenues de la danse orientale.

En tout temps, elle pourra compter sur notre estime et nos égards car pour nous, il y a toujours une solution à un problème donné.  Ensemble, nous trouverons une issue afin de guider cette personne vers la réussite ou, à tout le moins, l’atteinte de son but ultime.

Rappelez-vous, tant que nous n’avons pas chaussé les souliers de l’autre, nous ne pouvons juger.

En cette nouvelle année qui débute, misons toutes sur le RESPECT et le monde ne s’en portera que mieux.  Aïcha 🙂